PARTIE I : MISE EN CONTEXTE
Le Costa Rica est un pays reconnu mondialement pour sa forêt tropicale luxuriante, la diversité extraordinaire autant de sa faune que de sa flore, ses parcs nationaux, ses réserves de biosphères et plus particulièrement comme étant le premier pays des Amériques à s’être départi de ses forces armées afin de maximiser ses programmes sociaux. Environ la moitié de la forêt tropicale Costa ricaine est sous la protection de parcs nationaux ou de réserves de biosphères (aires de conservation). Malheureusement, l’autre moitié de la forêt tropicale de ce pays ne bénéficie pas de cette protection; aussi cette moitié, victime de l’application laxiste des lois environnementales du pays et par un manque de moyens de l’état, a été victime pendant plusieurs décennies d’une déforestation accrue qui s’est maintenant quelque peu stabilisée.
Le présent travail focalisera sur les causes et les conséquences de la déforestation de la partie non protégée de la forêt tropicale Costa ricaine, principalement sur le déboisement pour l’élevage et proposera un plan de gestion en conséquence.
1.1 L’état de santé de la forêt tropicale Costa ricaine
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, environ 80% des forêts du Costa Rica ont disparu. La déforestation engrange en moyenne chaque année 8 100 hectares.
Le montant des terres déboisées chaque année a diminué depuis 1977 tel qu’en fait foi le tableau suivant (source : Wikipedia) :
| Années |
1977 |
1983 |
1985 |
1987 |
1991 |
1996 |
2000 |
2005 |
| Déboisement (ha) |
52 000 |
43 550 |
42 000 |
32 000 |
17 947 |
18 000 |
3 033 |
4 737 |
Même avec un taux décroissant de déboisement depuis le milieu des années 70, la forêt tropicale Costa ricaine hors des aires de conservation est considérablement dégradée et continue à être taxée par différentes pressions exercées sur cette ressource.
1.2 Causes et effets de la déforestation de la forêt tropicale non protégée Costa ricaine
La déforestation au Costa Rica a pour but principal de convertir la forêt tropicale en pâturage pour l’élevage. Les causes en sont d’abord les possibilités de revenus sur les marchés internationaux tirés par l’élevage du bétail et l’accroissement de la population du Costa Rica qui accélère l’utilisation des produits et services forestiers. Bien que moins importante, les plantations de bananiers contribuent également à la déforestation des forêts non protégées.
La déforestation est d’autant plus dramatique que le Costa Rica possède une faune et une flore parmi les plus diversifiées de la planète. La déforestation des zones non protégées porte atteinte à cette biodiversité.
Néanmoins, la déforestation permet de créer et de maintenir des emplois liés à l’exploitation forestière et surtout à l’élevage du bétail. Seulement, les effets défavorables sur l’environnement sont légion : il y d’abord l’augmentation de l’érosion. La déforestation contribue aux inondations, à la sédimentation dans les rivières et la réduction de la biodiversité. Également, la déforestation accélère la réduction des produits et services disponibles aux populations locales.
1.3 Contextes politique, socioéconomique et environnemental Costa Ricain
D’un point de vue politique, le Costa Rica, avec une population d’un peu plus de 4,5 millions d’habitants, est un pays politiquement stable et est un exemple d’une démocratie fonctionnelle en Amérique du sud. Le pays a connu 13 élections présidentielles depuis 1953 qui ont toutes été jugées pacifiques et transparentes par les observateurs de la communauté internationale. Le Costa Rica fait partie des 22 démocraties ininterrompues depuis 1950. Il est le seul pays de l’Amérique du Sud à faire partie de ce groupe exclusif de démocraties.
Seulement pour ce qui est de la forêt Costa ricaine non protégée, le gouvernement Costa ricain fait preuve d’un certain laxisme, n’intervenant pas activement à sa préservation. Cela étant dit, « Le manque de conviction politique à un niveau plus élevé s’avère aussi un frein au développement des cultures alternatives; malgré l’adoption de plusieurs lois incitatives (p. ex., exemptions de taxes), leur mise en application est souvent déficitaire » (Bilodeau Gauthier, S. Côté, 2005). Il en résulte que la forêt Costa ricaine non protégée nécessite une nouvelle approche afin de la préserver.
1.4 Différents services rendus par la forêt tropicale Costa ricaine et ses acteurs
Tel que mentionné, le principal acteur de la déforestation au Costa Rica des forêts non protégées est l’agriculture (ou la conversion de forêt en terres de pâturage). Suivant une logique de conservation, « From the standpoint of the conservationist, the forest exists to provide ecological functions, amenity, and the provision of well-being to forest peoples » (Pearce, D. et coll. 2003). Les différents services offerts par la forêt Costa ricaine sont variés et dépendent de leur niveau de protection.
Dans les aires de conservation, les services rendus par la forêt sont d’abord biosphériques, écologiques et sociaux. En préservant ainsi un large pan de sa forêt tropicale, le Costa Rica assure ainsi la biodiversité de ses habitats et la régulation du climat. Il en découle des services sociaux qui bénéficient à l’ensemble de la population Costa Ricaine tels l’écotourisme, les loisirs comme l’ornithologie et les sports comme la randonnée pédestre en forêt. Ainsi, les services écologiques de protection des eaux, du sol et de la santé sont assurés.
Dans les zones non protégées, les services sont principalement liés à l’exploitation immédiate de la ressource (surtout pour les produits forestiers non ligneux et le bois de chauffage). Les zones défrichées servent ensuite à l’élevage du bétail. Les services écologiques, c’est-à-dire la protection de l’eau, des sols et de la santé déclinent d’année en année.
1.5 Pronostic de l’état de santé de la forêt Costa Ricaine non protégée
Si les pratiques actuelles sont maintenues, la forêt non protégée du Costa Rica continuera à se dégrader jusqu’à l’épuisement de la ressource. Ce qu’il faut éviter c’est de dégrader la forêt tropicale non protégée « […] to such an extent that what remains is not worth protecting. Substantial canopy opening increases susceptibility to fires and weed infestation. A spiral of degradation may become irreversible » (Pearce, D. et coll. 2003). Seulement, compte tenu de la proactivité du gouvernement Costa Ricain et de ses efforts constants à préserver la biodiversité du pays, il est permis de croire que le pays saura résoudre les problèmes de déforestation au sein des zones non protégées.
PARTIE 2 : PLAN DE GESTION
2.1 Pour un projet pilote de relevés géomatiques et d’allocation de pâturages existants
D’un point de vue socio-économique, empêcher l’élevage des bovins dans les zones non protégées de la forêt tropicale Costa ricaine entraverait le développement économique et serait dommageable à la qualité de vie des Costa ricains qui dépendent directement ou indirectement des emplois liés à l’élevage des bovins. Le projet pilote proposé est à la base un projet d’agroforesterie : « le principe directeur de l’agroforesterie est de combiner la plantation d’arbres avec la culture de plantes annuelles et/ou l’élevage d’animaux, simultanément ou séquentiellement (Fischer et Vasseur, 2000; Montagnini et al., 2003) » (Bilodeau Gauthier, S. Côté, 2005).
L’objectif à long terme est de minimiser les impacts de la déforestation sur la forêt tropicale non protégée Costa ricaine. Pour se faire, il faut s’attaquer à la cause primaire de la déforestation au Costa Rica, soit le déboisement pour l’élevage. Dans une optique de gestion durable de la forêt tropicale non protégée, il est proposé de mettre en place un projet pilote visant d’abord à recenser l’état de la forêt tropicale non protégée en utilisant la géomatique, de produire un relevé de l’état du biome (c’est-à-dire l’état de reprise de la flore), cartographier le tout par géomatique et enfin de mettre sur pied un projet pilote d’allocation des terres ainsi déboisées aux éleveurs Costa ricains sur une base incitative et volontaire. En trame de fond, le projet visera a bien gérer la période de jachère d’une zone ciblée et ainsi, « […] provided suitable fallow periods prevail, forested land can be converted for short-term agricultural use and then be cleared again and reused after the fallow period » (Pearce, D. et coll. 2003).
L’objectif principal de ce projet pilote est d’amorcer une démarche incitative et de sensibilisation auprès des éleveurs Costa ricains en leur suggérant des pâturages en fonction de l’état du biome basé sur des relevés géomatiques préalablement analysés. Il faut impliquer les éleveurs Costa ricain et prendre conscience de leurs besoins, «[…]car les expériences passées nous révèlent bien que sans motivation initiale de la part des communautés locales, un projet est destiné à l’échec» (Bilodeau Gauthier, S. Côté, 2005).
2.2 Mise en place du projet pilote et grandes lignes
À l’aide de relevés géomatiques fournis par différentes organisations non gouvernementales –voire même par le gouvernement Costa ricain – un groupe de spécialistes et de techniciens Costa ricains, aidés de spécialistes internationaux, auront pour première tâche d’identifier et de répertorier les pâturages existants prêts à être exploités immédiatement à travers les zones non protégées de la forêt tropicale Costa ricaine. Leurs analyses permettraient également de connaître l’état des terres déboisées et de mieux cibler les efforts de reboisement. En fonction, de l’état des sols, de l’érosion, de l’état de reprise de la flore et de la proximité aux zones protégées, les spécialistes seraient en mesure de déterminer quelles espaces seraient plus propices à l’élevage, quelles interventions sont nécessaires à un endroit donné et quelles parties de la forêt tropicale doivent être laissé tranquille pour recouvrer (en plus d’estimer le temps de recouvrement). Bref, ce projet permettrait à tout le moins de connaître avec exactitude l’état des zones non protégées ainsi que les besoins des éleveurs Costa ricains.
Suivant ces analyses, un recensement des zones plus propice à l’élevage serait produit. Par la suite, des éleveurs d’une région donnée du pays seraient invités à participer au projet en utilisant les analyses fournies par les spécialistes du projet. En contrepartie de crédits d’impôt, ces éleveurs mèneraient leur bétail aux pâturages identifiés par l’équipe du projet pilote. Les techniciens et spécialistes pourraient par la suite évaluer les effets sur le biome et l’état de reprise de la faune.
Enfin, le projet aurait comme objectifs supplémentaires de changer tranquillement les mentalités en amenant les éleveurs à utiliser le système graduellement. Le projet produirait également des emplois de pointe en haute technologie tout en préservant les emplois courants. Il collecterait enfin les besoins, demandes et les enjeux des éleveurs Costa ricains.
2.3 L’implication du gouvernement Costa ricain dans ce projet pilote
Le rôle du gouvernement Costa ricain serait d’abord et avant tout de rendre disponible aux différents éleveurs (personnes physiques ou morales) des crédits d’impôt aux premiers utilisateurs du nouveau système. De sorte que, aucun montant n’aurait à être budgété pour ce programme. Il suffirait de gérer les effets sur l’assiette fiscale du pays qu’auront les crédits d’impôt.
Un autre rôle consisterait à fournir les infrastructures aux équipes de spécialistes, voire même noliser l’avion ou réserver les instruments satellitaires nécessaires à la cartographie géomatique de la forêt tropicale non protégée.
Les responsables du projet pilote devraient faire rapport à l’organe législatif Costa ricain sur les résultats du projet pilote afin de fournir des intrants à tout changement législatif concernant les zones non protégées.
2.4 Critères et indices d’évaluation de la gestion durable de la forêt
Afin d’évaluer les résultats du projet pilote, quelques critères et indicateurs pertinents de la gestion durable de la forêt tropicale non protégée Costa ricaine devraient préalablement être tablés.
Les principaux critères d’évaluation concernant le succès du projet pilote seraient l’état de la forêt tropicale dans la zone ciblée par le projet pilote après son implémentation ainsi que la réception par les éleveurs Costa ricains du projet en question.
Les indices clés seraient le nombre d’éleveurs participants, le volume du cheptel ayant consommé les ressources forestières (afin de dériver des moyennes), le pourcentage de déboisement de la zone ciblée après la mise en place du projet pilote, l’état de fragmentation de la forêt dans la zone ciblée, l’état des repousses de la forêt tropicale, les coûts du projet pilote, les montants de crédit d’impôt octroyé, etc. Le tout permettra de produire une image avant et après de la forêt tropicale non protégée dans la zone ciblée suivant l’implémentation du projet pilote.
CONCLUSION
Le Costa Rica est un exemple mondial pour ce qui est de la préservation de ses forêts en les convertissant en parcs nationaux et en réserves de biosphère. Seulement, la déforestation aux fins d’élevage accentue le déboisement de la forêt tropicale non protégée du Costa Rica qui recouvre l’autre moitié du pays. En implémentant un projet pilote visant d’abord à sensibiliser les éleveurs en les incitant à utiliser des zones ciblées pour l’élevage au sein de la forêt non protégée, il est permis de croire qu’un moyen sera trouvé pour réduire les effets de la déforestation à long terme tout en protégeant les acquis socio-économiques du pays.
BIBLIOGRAPHIE
Pearce, D. et coll. 2003. Sustainable forestry in the tropics: Panacea or folly? Forest Ecology and Management 172: 239-247.
Bilodeau Gauthier, S. Côté, 2005. Conservation et restauration de la forêt tropicale du Panama: enjeux et pistes de solutions. Vertigo 6: version en ligne.





